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PARDON SI JE DÉRANGE de Patrick Cottrell

Editions Grasset

Funérailles adoptives …

En premier lieu, c’est évidemment le sujet qui m’a poussé à solliciter ce nouveau livre auprès des Éditions Grasset. Je les remercie d’ailleurs infiniment pour cette nouvelle confiance.

Concerné par le thème de l’adoption, cet ouvrage avait tout pour me plaire. Je m’attendais bien sûr, à un traitement douloureux, puisque la couleur est annoncée dès le résumé : deux adoptions en mode échec total.

Pour autant, cette idée « d’enquête », le pourquoi du comment, me séduisait énormément dans la forme.

Malheureusement, il y a des livres et des lecteurs qui ne sont pas faits pour s’entendre et je crois que la connexion ne s’est pas du tout faite entre nous deux …  

Le résumé de l’éditeur.

Helen a 32 ans, elle habite New York. Célibataire sans enfant, elle travaille à temps partiel comme surveillante dans un centre périscolaire pour jeunes en difficulté. Helen a une vie plutôt banale, jusqu’à ce 30 septembre lorsqu’elle réceptionne le canapé IKEA de sa colocataire tout en apprenant, quelques instants après, le suicide de son petit frère. D’origine coréenne comme elle, il a été adopté par une famille installée dans le Milwaukee et est resté au domicile familial alors que sa grande sœur a rompu tout lien avec leurs parents adoptifs il y a plusieurs années déjà.

Helen a fui un père pingre et une mère sans courage, ainsi que de rares amis. Mais la nouvelle de la mort de son frère la pousse à quitter provisoirement son emploi et Manhattan afin de retourner dans la maison de son enfance.

À son arrivée, ses parents adoptifs, surpris, doivent cohabiter avec cette fille qui ne fait absolument aucun effort pour apaiser les tensions. Helen n’est pas venue pour réconforter son père et sa mère, ni pour les aider à préparer les funérailles, elle veut en réalité enquêter pour tenter de comprendre les causes du suicide de son frère. Interrogatoire de ses amis, inspection de la chambre du défunt, examen des derniers lieux qu’il a fréquentés, Helen se transforme en détective à la recherche d’indices mais aussi de sens. Un détective aussi envahissant qu’agressif, dont l’ironie dévastatrice ne connaît aucune décence.

Mon ressenti sur cette lecture.

Si vous vous attendez comme moi à un livre dur et à sortir vos mouchoirs, vous pouvez les ranger. Et pourtant, le sujet est bien authentique, incontestable et dramatique. Le mal qu’on a fait à ces enfants par une autorisation de l’adoption laxiste et mal contrôlée est bien réel. J’oserais dire que l’état mental de notre héroïne le démontre parfaitement à mon sens.

L’auteur (que je n’avais jamais lu) utilise quasiment dès le départ une plume relativement acide, vive et piquante. Le ton est donné et je ne suis pas surprise. Le problème, pour moi, c’est qu’elle devient assez rapidement familière et vulgaire à mon grand étonnement. Helen en veut à ses parents, à la société et à la terre entière aussi je pense et à juste titre. Comment on a pu laisser des enfants aux mains « de gens si froids » aussi catholiques qu’ils soient.

Le passage où ils la font déménager dans la chambre de son frère décédé, la veille de l’enterrement, pour installer quelqu’un d’autre dans sa chambre à elle, m’a évidemment glacé le sang.

Pour autant, au lieu de nous prendre pour témoins et de nous expliquer son arrivée, son enfance, toutes ces choses extérieures qui l’ont empêchées de se construire sainement … Nous expliquer les choses posément. J’ai eu l’impression d’une Helen centrée uniquement sur elle-même et sur sa haine …

Du coup, je ne sais pas si c’est la réalité du livre, mais j’ai eu l’impression purement et simplement de me trouver dans la tête d’une personne complètement psychologiquement instable alors que je m’attendais justement à tout sauf à cela. On la dit s’occupant de jeunes en difficultés ? Complètement paradoxale selon moi. À peine cette histoire d’enquête interne sur son travail met la puce à l’oreille. Mais là encore, je ne vois pas tellement pourquoi cette histoire vient se greffer là.

L’enquête sur la mort de son frère ? Voilà une piste qui était extrêmement intéressante et intelligente pour trame de son passé. Mais là encore, c’est bien trop superficiel pour moi. Tellement dommage !

Je crois que ce livre annoncé comme « un livre hilarant et sombre à la fois » où cohabitent « la comédie et la tragédie » n’était pas fait pour moi. Tout au plus suis-je d’accord « sur l’esprit loufoque » de la narratrice auxquelles je ne me suis, malheureusement, absolument pas attachée pour mon plus grand regret. Trop de colère en elle.

Pour conclure.

Un des sujets qui m’intéressent le plus et pourtant …

Ce livre a le mérite de dénoncer une situation qui persiste encore en Amérique avec une adoption autorisée sans aucun contrôle des services sociaux. Il montre incontestablement les dégâts et la douleur insupportable pour des familles entières où les enfants sont les premières victimes.

Néanmoins, ce livre est traité d’une façon bien trop personnelle à mon goût. Moi, je n’étais qu’une étrangère à l’histoire d’Helen, noyée dans sa colère, je n’ai pas trouvé ma place.

Ma note : 12/20

Prix éditeur broché : 22.00 €uros

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La citation qui résume tout.

Sous ma paix, il y avait de la colère, une colère hideuse, d’une puissance formidable, et c’était moi qui était forcée de vivre avec. Tout était amer.

PARDON SI JE DÉRANGE de Patrick Cottrell

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