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LA MAISON DES ÉGARÉES de Julie Kibler

Editions Belfond

Brebis égarées, prison dorée.

La couverture et le résumé suffisent à me convaincre qu’il me fallait absolument lire ce livre. Pourtant, je ne savais absolument pas à ce moment-là, qu’il s’agissait d’une histoire tirée de fait réels et je ne connaissais pas non plus l’auteure.

Je remercie les Éditions Belfond de m’avoir à nouveau fait confiance pour ce Service Presse.

Le résumé de l’éditeur.

Après Les Couleurs de l’espoir, Julie Kibler livre une histoire vibrante d’humanité, celle d’une amitié profonde entre deux femmes démunies, exclues, et pourtant déterminées à se relever, plus fortes, plus libres, dans l’Amérique patriarcale du début du siècle.

Dans la petite ville de Berachah, au Texas, il est un refuge pour toutes celles dont la société ne veut plus, les filles mères, les épouses abandonnées, les prostituées, les droguées. Un abri où ces femmes brisées peuvent tenter de se reconstruire.

C’est là que se rencontrent Lizzie Bates et Mattie Corder, en 1904. Entre les deux mères en perdition va se tisser un lien unique, comme un pont capable de les conduire ensemble vers un avenir meilleur.

Un siècle plus tard, Berachah se résume à quelques pierres tombales moussues. Fascinée par l’histoire de ce lieu et de ses pensionnaires, Cate Sutton, une jeune bibliothécaire, entreprend d’extraire du néant les vies de ces  » égarées « . À travers les destins de Lizzie, Mattie et leurs compagnes, c’est une leçon d’espoir, de courage et de solidarité peu commune que l’Histoire s’apprête à offrir à Cate. Et dont les résonances inattendues pourraient éclairer son propre passé…

Mon ressenti sur cette lecture.

Sur la couverture, quelques fleurs dépouillées, quelques pétales arrachés, quelques photos vieillies éparpillées pour témoin du passé.

Du passé de ses femmes abandonnées, seules à leurs tristes sorts, puisque pour la collectivité et leurs familles, elles ont fauté. Voici une thématique forte dont traite ce roman. On va y parler du droit des femmes, de leur condition à une époque bien différente de celle d’aujourd’hui … Et pourtant … Le parallèle que nous offre de faire le roman avec notre ère d’aujourd’hui nous démontrera peut-être le contraire.

Bienvenue dans ce livre polyphonique à trois voix et à deux époques bien éloignées. D’un côté Lizzie et Mattie au début du vingtième siècle et de l’autre Cate de nos jours (2017). Lizzie et Mattie font partie de ces femmes peu fréquentables pour l’époque, enceintes hors mariage, obligé de se prostituer pour survivre, à la rue, battues, maltraitées, elles sont recueillies par le foyer religieux de la petite ville de Berachah, au Texas. C’est là-bas, qu’une amitié forte naîtra entre les deux femmes. De ce refuge, pour ces femmes victimes de violences, de drogues, de grossesses non désirées, tenu par le révérend JT Upchurch et sa femme, ne reste aujourd’hui qu’un vieux cimetière et une collection d’archives auxquelles la nouvelle bibliothécaire de la ville, Cate, s’intéressera. Et à travers l’histoire de ces femmes, c’est son propre passé qu’elle revivra malgré elle avec l’aide de sa stagiaire.

Je suis très embarrassée avec ce récit car s’il a tout pour me plaire, si l’histoire forte de Lizzie et Mattie m’a beaucoup émue, la magie n’a pas du tout opéré comme je l’aurais voulu. J’étais pourtant extrêmement confiante au début, c’était plutôt fluide et entraînant. Mais rapidement, le roman m’a semblé traîner de nombreuses longueurs, d’un parallèle introuvable entre Cate et nos femmes du passé. Je pensais que Cate allait nous accompagner à travers la machine à remonter le temps mais en réalité à part le lien fait par le journal, on suit deux lignes directrices bien différentes. Et c’est vraiment cela qui m’a gêné. Je n’ai pas compris où on allait en venir entre les deux histoires. J’avais l’impression de lire deux livres en même temps. Et quand, du côté de Cate, le personnage de River a été révélé, cela a encore accentué encore plus le problème. Une nouvelle thématique fait son apparition alors que je ne trouve déjà pas le lien avec les premières.

C’est vraiment dommage, car le sujet principal avait en lui seul tout pour être exploité : l’écriture est agréable, la personnalité des personnages est attachante, l’objet réaliste, grave et mérite le témoignage et malgré tout on se perd dans une trame où on s’aperçoit trop tard du but.

Malgré tout, j’ai beaucoup aimé les personnages. Lizzie, Mattie mais aussi Docie, ces femmes abîmées par la vie et qui trouve la force de se reconstruire. Après tous leurs malheurs, elles trouvent refuge dans un foyer religieux, dans la prière, dans l’amitié qu’elles ont tissée. Le lien entre Mattie et Docie est très émouvant, une deuxième maman pour la jeune fille. Lizzie « prête » sa fille à Mattie, lui laisse une place dans celle de sa fille pour tenter d’apaiser la douleur de son amie et c’est si naturel pour elle …  Mais la vraie question est faut-il pour autant rester et devoir la reconnaissance toute sa vie à la religion ? Ne serait-ce pas finalement une prison dorée ? À un moment, la place que tiens l’église et son côté sournois m’ont mise mal à l’aise. Surtout, lorsque l’on rajoute le vécu de Cate.

C’est d’ailleurs beaucoup trop tard, après avoir refermé ce livre, que j’ai compris le lien avec son histoire. Jusqu’où l’église est-elle prête à aller ? Quel dommage d’être arrivé à la fin de ce roman sans en avoir compris toute la complexité. De mon point de vue, cela aurait pu être beau, profond mais il m’a manqué une filiation beaucoup plus importante entre les deux époques. Cate ne m’a pas accompagné à travers ses archives à découvrir l’histoire, elle m’a simplement raconté sa propre histoire ! Bouleversante, certes, mais trop étriqué et trop peu en adéquation par rapport à la dimension au passé qui ne lui laissait pas vraiment de place.

Ce qu’il faut aussi souligner, c’est ce que l’on apprend à la fin : cette histoire n’est pas que pure fiction mais elle est tirée de faits réels. Ce foyer a réellement existé et l’auteure a apparemment fait un gros travail de recherche à ce sujet, ce qu’il faut saluer car c’est quand même un bel hommage à toutes ces femmes bafouées par la vie.

Je comprends désormais l’importance de ce roman et de son message et c’est ce qui est le plus important dans une lecture, selon moi.

Pour conclure.

Des personnalités fortes, des vécus dramatiques et poignants que l’auteure a fait le choix de raconter dans un roman à trois voix, très bien pensé. Pourtant, malgré cela, les destins ne m’ont pas semblé se rejoindre et l’histoire devient longue, sans fin. Quel dommage, en ce qui me concerne, je suis très certainement passé à côté à cause de ce souci narratif.

Ma note : 14/20

Prix éditeur broché : 22.00 €uros

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Ma citation préférée

Je ne suis pas superstitieuse. Pour moi, la seule chose qui puisse hanter un lieu ou une personne, c’est son passé.

LA MAISON DES ÉGARÉES de Julie Kibler

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