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LES LOYAUTÉS de Delphine de Vigan

Editions JC Lattès

(Disponible aux Editions Le Livre de Poche)

Adulte avant l’heure …

Voilà quelques temps que j’avais lu Les Gratitudes (livre que j’ai beaucoup aimé) et j’avais très envie de replonger dans le monde de Delphine de Vigan le temps d’un ouvrage.

Mon choix s’est porté sur Les Loyautés, sorti en 2018, que je n’avais pas encore eu la chance de lire.

Mon résumé.

Théo est un enfant de divorcé. Un adolescent de seulement douze ans, mal dans sa peau et pour cause ! Des parents qui se déchirent, un père dépressif, une mère aveugle et sourde à la détresse de son enfant … Théo tente de s’effacer comme il dit et pour tenter de disparaître il boit, noie son chagrin dans l’alcool. Sur la pente glissante, il entraîne son meilleur ami, Mathis, qui le suit …

Par loyauté.

Et puis, il y a Hélène, leur professeure. Maltraitée dans son enfance, elle seule voit la détresse de Théo tellement son mal-être fait écho à sa propre histoire. Par loyauté avec elle-même, il faut qu’elle l’aide, il faut qu’on l’écoute ! Pourquoi est-elle seule à voir le danger ? Non, cet enfant à un problème, pourquoi ne le voyez-vous pas ?

Cécile, la mère de Mathis, finie, elle, par entrevoir le danger que représente Théo pour son fils. Mais, lorsqu’on est une adulte engluée dans ces problèmes d’adultes, sans aucun soutien, lorsque tout à coup on s’aperçoit qu’on est mariée à un homme que l’on ne connaît pas, comment trouver la force de tout gérer ?

Deux enfants, deux adultes, quatre voix pour une sombre histoire …

Mon ressenti sur cette lecture.

Lorsque l’on connaît l’auteure et que l’on rentre dans les premières pages d’un ouvrage de Delphine de Vigan, on sait forcément sur quel terrain on s’engage … On sait forcément que l’on part pour une nouvelle exploration des forces et des faiblesses de l’humain et de ses relations avec autrui. Ce sera donc noire, mélancolique, parfois rose, blanc … Mais ce qui est sûr, c’est que je ne m’attendais pas à une telle noirceur.

Je n’avais pas lu de critiques avant cette lecture, donc finalement je crois que je pensais trouver le côté lumineux que j’avais tant aimé dans les gratitudes. Et au lieu de cela, je me suis senti très mal à l’aise face à la détresse de Théo. Car l’histoire a plusieurs voix que raconte ce livre a un côté tellement dramatique et tragique qu’elle en est devenue douloureuse et oppressante pour moi. Ce fut vraiment mon ressenti. Me suis-je trompé de moment pour lire ce livre, suis-je trop sensible ? Je l’ai cru un moment, pourtant, après être allé lire quelques avis, c’est bien ce qui en ressort quand même chez quelques consœurs..

En cause ? Un mal-être poignant chez un adolescent de douze ans qui porte un secret sur ses épaules, celui d’un père dépressif devenu un zombie dont il s’occupe comme un parent. Des rôles inversés, une mère sourde à la détresse de son fils car tellement obsédée par la rancœur qu’elle a contre cet homme. Le père de Théo, elle en a fait un sujet tabou entre elle et son fils. Un tabou si fort que jamais il n’oserait lui avouer ce qui se passe chez son père de peur qu’elle s’en serve contre lui. C’est affreux.

Alors cet enfant est désespéré mais ne l’avouera jamais. Dans l’autodestruction, il entraîne son ami avec lui. Et personne ne s’en aperçois. Tout le monde est dans le déni. Sauf sa professeure qui dans son attitude revoit l’adolescente maltraitée qu’elle a été. En effet, cette histoire fait terriblement écho du passé pour Hélène qui se laisse submergée par ses sentiments. Le problème, c’est qu’elle voudrait tellement l’aider mais comment aider un enfant qui dit que tout va bien ? Comment faire comprendre aux autres adultes qu’il est mal alors qu’il dit qu’il va bien ? C’est tellement plus simple pour eux d’aller vers la facilité et de fermer les yeux …

Et puis, il y a Mathis, pris dans la loyauté envers son meilleur ami. On a peur pour lui aussi et on compatis avec sa mère totalement démunie et fragilisée par son couple qui n’en est finalement pas un.

J’ai aimé ces personnages, malgré cette noirceur, parce qu’ils sont vrais, forts, sensibles et si fragiles à la fois. J’aurais aimé les libérer de leurs poids, de leurs loyautés : la loyauté d’un garçon envers son père, la loyauté d’un garçon envers son meilleur ami, la loyauté d’une femme envers elle-même …

Ce livre très bien écrit est à la fois un beau témoignage sur le côté obscur de l’âme humaine mais également une belle illustration de force, de courage, de solidarité et d’amour. Un livre intime, lourd et bouleversant. Un bémol toutefois sur une fin trop énigmatique à mon goût.

Pour conclure.

Un nouveau voyage au cœur de l’âme humaine version Delphine de Vigan. Attention, âme sensible se préparer et bien choisir son moment.

Ce livre est beau mais dur, c’est certain.

En revanche, se préparer à imaginer la fin. Dommage.

Ma note : 14.5/20

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