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LA BOITE NOIRE de Ito Shiori

Editions Philippe Picquier

Tellement forte !

En général, j’aime beaucoup les trésors publiés chez Philippe Picquier, maison d’édition spécialisée dans la traduction et la publication d’ouvrages venus du continent asiatique.

J’avais adoré LA PAPETERIE TSUBAKI et c’est tout naturellement que je jette très régulièrement un œil à leur catalogue et à ses nouveautés.

Aujourd’hui, je suis impatiente de vous parler de LA BOITE NOIRE de Ito SHIORI que je me suis offert par hasard en librairie en avril dernier.

Mon résumé :

Ito SHIORI est une étudiante japonaise issue d’une famille modeste qui souhaite devenir journaliste. Ambitieuse, travailleuse, courageuse et déterminée, elle met toutes les chances de son côté et de bourses d’études en petits boulots, elle n’a jamais cessé de se battre pour voir son rêve devenir réalité. En 2015, lorsque N. YAMAGUCHI, directeur d’une grande chaîne de télévision lui promet un poste et un visa aux Etats-Unis, c’est la consécration et c’est tout naturellement qu’elle le rejoint au restaurant pour parler affaires.

Quelques heures plus tard, elle se réveille nue dans une chambre d’hôtel en train de se faire violer. Depuis, elle n’a cessé de se battre pour faire reconnaître l’agression dont elle a été victime. Il faut savoir que le viol est tabou et difficilement reconnu au Japon, ce qui explique le silence des victimes. D’autant plus que l’agresseur de Ito, haut-placé, est semble-t-il protégé par les pouvoirs publics. A ce jour, elle n’a toujours pas obtenu gain de cause.

Alors, sa façon à elle de tenir ? Combattre malgré les pressions et faire entendre sa voix pour faire changer la loi japonaise et le regard posé sur les victimes d’agressions sexuelles dans son pays.

Mon ressenti sur cette lecture :

Un témoignage difficile mais superbement écrit afin de bousculer l’inacceptable. Pour avoir déjà voyagé au Japon, j’aurais pu vous assurer, que vu de l’extérieur, c’est le pays le plus sûr au monde ! Certes, l’existence d’une mafia japonaise n’est pas à démontrer, mais jamais je n’aurais pu penser que la démocratie japonaise puisse avoir autant de lacunes ! Ainsi, à travers ce témoignage, on apprend que rare sont les structures médicales aptes à accueillir les victimes de violences sexuelles.

Notre journaliste a été sans aucun doute droguée puis abusée. Entre le moment où elle dîne avec son agresseur et le lendemain matin où elle se retrouve nue, dans la chambre d’hôtel, en dessous de lui, elle n’a aucun souvenir. Elle n’a pas non plus le souvenir d’un abus d’alcool. C’est désemparé et tardivement qu’elle se présente dans un centre médical qui l’écoutera à peine et ne fera pas le nécessaire aux recueils des preuves. Lorsqu’elle ira à la police, elle sera humiliée en racontant son histoire à une policière qui lui avouera, plus tard, ne s’occuper que des problèmes de circulation en temps normal. Les forces de l’ordre prendront finalement son témoignage en lui avouant ne pas réaliser d’enquêtes pour ce type d’histoires banales ; c’est donc seule qu’elle devra mener l’enquête. Ne comptant donc que sur elle-même, elle ira jusqu’à recueillir le témoignage du chauffeur de taxi qui les a conduit cette nuit-là, elle suppliera l’hôtel de ne pas effacer les bandes de vidéos surveillance. Elle ne cessera de lutter pour rassembler des preuves et lorsqu’enfin M. YAMAGUCHI sera sur le point d’être arrêté à l’aéroport, un ordre que l’on soupçonne haut-placé fera suspendre immédiatement l’opération.

A bout de recours, elle décidera de faire appel aux médias et à ses confrères qui pour on ne sait quelle raison décideront dans un premier temps de garder l’affaire sous silence malgré les promesses de publications.

Menacée et montrée du doigt par l’opinion publique, priée par sa propre mère de prendre de la distance avec la famille, c’est la victime qui sera obligée de déménager et de quitter son pays tandis que l’agresseur, lui continue de vivre normalement.

A travers son livre, cette femme fait preuve d’un incroyable courage, faisant de sa souffrance une force pour que la loi japonaise aujourd’hui en faveur des violeurs changent, pour que des structures d’accueil puissent voir le jour, pour que les victimes de viols ne vivent plus dans la honte. J’ai trouvé qu’elle avait vraiment les mots justes pour dénoncer sans pour autant rendre son témoignage douloureux et insupportable pour le lecteur. On reste vraiment dans la narration journalistique accessible au plus grand nombre. C’est donc un texte fort qui se veut engagé pour que le crime sexuel soit reconnu, pour que les victimes ne vivent plus dans la peur de prendre la parole. En osant raconter son viol, elle portera d’ailleurs le mouvement #WeToo au Japon.

Son but et ses espoirs : « elle espère que son travail aidera d’autres victimes à tourner la page et à se reconstruire en mettant des mots sur leurs souffrances ».

Ma conclusion :

Je suis admirative devant autant de souffrances transformées en force. Un témoignage dur mais nécessaire, une femme incroyablement forte comme heureusement qu’il en existe, un livre poignant que j’avoue avoir dévoré en quarante-huit heures tant il est prenant.


Ma note : 18/20

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