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JIAZOKU de Maëlle Lefèvre

Editions Albin Michel

Mères misères …

Moi qui aime particulièrement la culture japonaise, je n’ai pu qu’être attiré par ce livre à l’histoire prometteuse et particulièrement bien mise en valeur par une sublime photo de couverture de la photographe Chloé Jafé, qui a déclenché chez moi un véritable coup de foudre.

D’autre part, j’avais hâte de découvrir le premier roman de Maëlle Lefevre, cette jeune auteure de seulement 19 ans !

Mon résumé :

Alors que la politique de l’enfant unique s’assouplit en Chine, une certaine mafia japonaise y vois d’ores et déjà la possibilité d’un nouveau trafic : la constitution d’un vaste réseau de mères porteuses, issues de l’immigration chinoise, pour l’approvisionnement de riches parents en mal d’enfants.

C’est dans ce contexte que le petit Kei va être mis en route par un couple venu de Shanghai, malheureusement victimes d’un accident mortel peu avant la naissance du petit garçon. Fausse note dans un système pourtant bien rôdé qui n’a plus que faire de cet enfant que personne n’attends. Alors, qu’il est en charge de s’en débarrasser, Daisuke, un yakusa* dirigeant du réseau, choisira de l’élever. Kei grandit donc entre l’affection de sa mère porteuse, réembauché pour l’occasion, et la dureté de cet homme en qui il voit quand même un père. Pas facile de se construire avec une telle histoire pour ce petit garçon qui ignore tout de son histoire, jusqu’à l’existence d’une sœur sur le territoire chinois …

Pas facile, pour une petite fille de grandir sans ses parents …

Un secret d’adultes dont ces enfants paieront les conséquences jusqu’aux possibles retrouvailles …

Mon ressenti :

Pour moi, ce livre c’est d’abord un magnifique témoignage : une fenêtre ouverte sur la misère humaine, l’exploitation de l’homme par l’homme et ses conséquences … On ne choisit pas son destin, on naît du bon ou du mauvais côté. Et il faut parfois une sacrée dose de chance en plus de volonté pour s’en affranchir. Finalement, Jiazoku, c’est un livre que tout le monde devrait lire rien que pour se rendre compte de ce qu’il se passe encore aujourd’hui dans le monde car il engage une vraie réflexion.

De pauvres femmes chinoises, venues au Japon dans l’espoir d’une vie meilleure, se retrouve malheureusement enrôlées contre leur gré dans un réseau de prostitution sans possibilité de pouvoir s’en sortir. C’est la face cachée du Japon, qui devient pour le lecteur encore plus sordide quand ces femmes deviennent de vulgaires poules pondeuses pour quelques billets qui leurs permettront de survivre jusqu’à la prochaine. Et puis, il y a tout l’aspect psychologique du roman : pourquoi et comment les personnages en arrivent là. Le plus troublant finalement c’est Daisuke, le méchant yakusa* qui a première vue devrait être le plus inhumain. Car finalement, avez-vous déjà réfléchi à l’histoire d’une telle personne ? Par quelles épreuves doit-on passer pour en arriver à un tel extrême ? J’ai vraiment été attendri par ce personnage impitoyable à qui il reste en réalité un semblant d’humanité pour élever le petit garçon orphelin. Certes, maladroitement, à sa manière, mais à travers ce qu’il pense, nous découvrons qu’il est bien tout à fait le contraire de ce qu’il veut bien montrer.

J’ai bien aimé la plume vive et troublante de cette jeune auteure prometteuse. Une histoire extrêmement bien documentée qui a le mérite d’interpeller. Si vous vous souvenez bien, j’avais déjà lu un ouvrage sur la face sombre du Japon : Pickpocket de Fuminori Nakamura. J’ai eu la sensation d’approfondir encore un peu plus le sujet mais un soupçon d’humanité en plus.

En revanche, je n’ai pas compris le choix de l’auteure de partir si loin dans le futur étant donné que cela n’apporte pas grand-chose au récit. Après réflexion, j’imagine que le but était peut-être de montrer que ce genre de pratiques est encore bien actuelle ce qui est d’autant plus horrifiant que si ce réseau datait des années 1980.

Enfin, si j’avais une dernière chose à reprocher à ce livre, c’est que parfois, cela m’a quand même paru un peu long mais c’est une critique bien trop insignifiante à côté de la valeur de la leçon donnée par cet ouvrage.

Pour Conclure :

La découverte d’une belle plume, une histoire pleine d’humanité, une belle leçon de vie que quelques longueurs ne réussissent pas à entacher ! Je conseille !

Ma note : 14/20

Mes Citations Préférées :

Elle aurait tout donné pour avoir un ou une amie éternel, un être toujours à ses côtés … Capable de la tirer de son silence.

JIAZOKU de Maëlle Lefèvre

Cette règle d’or de protéger les êtres aimés en leur apprenant à vous détester était le plus beau des principes yakusa*qu’il ait jamais retenus. Et sûrement le seul qu’il retiendrait dans les années à venir. Il était très doué pour ça.

JIAZOKU de Maëlle Lefèvre


*yakuzas :
membre d’un groupe du crime organisé au Japon (mafia).

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